Suite à l’instauration de la rubrique « lecture gratuite pour tous » initiée il y a quelques semaines et qui sera bientôt renouvelée, j’ai décidé d’en faire un petit bilan. Je vous propose donc par le biais de cet article un petit récapitulatif des maladresses et autres et autres erreurs de fond concernant le scénario.

Certains reconnaîtront peut-être leurs erreurs. Le but n’est pas de critiquer. Non, le but est juste d’apprendre. Et je dirais à tous ceux qui aspirent à être scénariste, la qualité première de celui-ci : être ouvert !

1. L’écriture pour l’image

Lorsqu’on écrit une séquence, on doit avant tout penser à l’image. Tout ce qu’on écrit doit pouvoir immédiatement se traduire à l’image.

Exemple : « MAX marche dans la rue. Il rentre chez lui. Il a passé une dure journée. Il est fatigué. Il a beaucoup de problèmes à son travail. »

À la lecture de ce passage, une question à se poser : sur ce que j’écris, qu’est-ce que je vois à l’image ?

On voit marcher cet homme à l’écran, est ce qu’on voit sur lui qu’il rentre chez lui ? Qu’il est fatigué ? Qu’il a passé une dure journée ? Qu’il a des problèmes à son travail ?

On peut très vite éliminer plusieurs aspects. On ne voit en rien sur une personne qui marche qu’elle a des soucis au travail, ou qu’il rentre chez lui. Pour montrer ce genre de chose, on utilisera d’autres séquences. Des plans courts et rapides le montrant au travail. Toujours alimenter la culture de l’image. Le scénariste écrit de manière visuelle.

Par conséquent, si on retire tous les éléments inutiles, il nous reste quoi ? : « MAX marche dans la rue. Il est fatigué. » Là, je viens de dégraisser un tout petit passage. Alors, imaginer une accumulation de phrases brodées de détails et d’éléments inutiles… Le genre de problème récurrent qui fait vite sauter les lignes pour aboutir à l’arrêt de lecture.

2. Les formules mal adaptées

Lorsqu’on écrit, on a une idée et des sentiments qu’on voudrait faire passer au lecteur. Dans un roman, on a droit à une page de descriptions. En mode scénario, ce n’est pas le cas. La raison est simple. Dans un roman, c’est l’auteur qui tente de transmettre des sentiments. Dans un scénario, ce sera l’acteur ou l’actrice.

Il est souvent délicat de faire traduire des émotions. L’erreur principale du débutant est d’utiliser le regard et le sourire. En effet, on pense qu’un sourire, un jeu de regard, peut suffire à traduire des émotions.

Le problème c’est que certains apprentis ont tendance à décliner ces marques classiques à outrance. Un sourire peut devenir : malicieux, coquin, engagé, nerveux, froid, pesant, engagé, distant… Et là je reviens au chapitre précédent : comment on imagine à l’écran un sourire froid ?

Petit conseil. Demander à quelqu’un d’extérieur comment il comprend ce genre d’expression. Un avis extérieur permet souvent de prendre du recul, et de constater un souci sur une formulation qui nous paraît normale.

3. L’écriture malléable

Contrairement à un roman dont l’écriture est aussi figée dans le marbre que le nom d’un défunt, le scénario a une particularité : c’est document malléable. C’est avant tout un document de travail, destiné à être modifié en fonction du temps de développement.

Le scénario est fortement tributaire de toutes les contraintes liées au budget et au tournage. C’est pour ça qu’il faut privilégier les histoires simples et efficaces. Lorsqu’on dit qu’un réalisateur peut faire un super film avec un micro budget, c’est valable aussi pour le scénariste. Son arme dans ce cas se résume en 3 mots : Idées ! Idées ! Idées !

4. L’écriture piège

Cet aspect est un prolongement de ce que l’écrit donne à l’image. Une phrase écrite peut sembler cohérente et compréhensible alors qu’elle ne l’est pas !

Exemple : « MAX est au téléphone. On distingue la voix d’un homme qui crie. »

En relisant plusieurs fois cette phrase, on remarque un détail qui ne colle pas. En effet, on entend une voix, mais on ne distingue pas une voix. Mixe à la sauce scénario, ça donne simplement : « MAX est au téléphone, son interlocuteur, un HOMME, crie. »

Autre exemple : « MAX se tient devant la femme, celle-ci a un silence gêné. »

La question à la lecture de cette scène : comment une actrice traduit-elle à l’image un silence gêné ?

Je n’ai pas fait le cours Florent, mais je pense que c’est pas gagné pour elle ! Plus sérieusement, en scénario, ça donne : « MAX se tient devant la femme, celle-ci reste silencieuse. »

5. Les métaphores de roman

Ah… On a beau ne pas être un auteur de romans, on a souvent tendance à faire ressortir nos connaissances romanesques faites de formules issues de lointaines lectures scolaires…

Voici quelques exemples de métaphores qui n’ont pas trop leur place dans un scénario : « le couloir est vide, pas la moindre présence, juste un lourd silence qui règne. » ou dans le même style : « un silence oppressant… Un silence difficile… » et encore mieux : « MAX est dehors, l’obscure clarté de la lune éclaire la face de la maison… »

Comment traduit-on un silence de ce genre à l’image ? La réponse est simple : un silence est un silence ! Et donc, ce genre de phrase mixée à la sauce scénario, ça donne : « le couloir est vide. Le silence règne. » ou mieux en une seule phrase : « Silence dans le couloir. »

Point de longues descriptions, juste une simple description !

Pour rebondir sur la première phrase, on peut aussi supprimer l’information inutile : « pas la moindre présence. » En effet, un couloir vide sous-entend déjà un couloir sans la moindre présence.

6. L’aspect temps

Erreur classique : « MAX se lève, il est 4 heures du matin. » Là, il faut se poser cette question : qu’apporte à l’histoire le fait de savoir ça ? Si c’est juste pour montrer un personnage obligé de se lever tôt pour travailler, une simple évocation d’un plan sur l’heure du radio réveil suffit.

Le plan sur le radio réveil, et/ou sur la montre, c’est l’artifice classique des films pour donner l’heure. D’ailleurs, autre artifice pour montrer qu’un personnage ne peut pas dormir. Il remue dans son lit

Pour les autres 50 %, il y a une autre méthode encore plus simple : LE CARTON.

PETITE PARENTHÈSE : UTILISATION DU CARTON DANS LA SÉQUENCE

Le carton est une formule utilisée dans le libellé de la séquence pour donner une information qui apparaîtra à l’écran.

Ex : 1 – INT NUIT / CHAMBRE DE MAX

CARTON : 4 h

Après, on peut fournir autant d’informations qu’on veut : heure, date, lieu… Ça peut servir pour une histoire basée sur le temps – course contre la mort – ou qui navigue sur plusieurs époques – reconstitution historique, biographie – ou plusieurs lieux.

À une époque, une série abusait des cartons, c’est X FILES. Dans le coin de l’écran, on avait droit au « package prénium » pour l’information : lieu, état, heure, date. La totale ! D’autres séries, comme LAWS AND ORDER mettent carrément un carton sur toute l’image.

7. Le temps

Un scénario est raconté au présent. C’est LA règle d’or ! Le seul cas où on peut utiliser le passé, c’est dans les dialogues faisant référence à des actions passées. Même dans les flash-back, c’est le présent.

8. Les actions des personnages

Lorsqu’une séquence débute dans une pièce et qu’un personnage quitte cette pièce, ne pas oublier de le mentionner. Il faut toujours situer les personnages dans les lieux.

Évidemment, si un personnage quitte définitivement la pièce, c’est inutile.

Exemple : 1 – INT NUIT / BUREAU

MAX discute avec sa collègue. Le téléphone sonne, MAX répond. LA COLLÈGUE va dans le couloir, pour fumer. Elle rencontre LUC.

Vous voyez. LA COLLEGUE sort, changement de lieu, ce qui impose une nouvelle séquence. Et donc, nouvelle séquence, nouveau lieu, nouveau libellé.

9. Le syndrome « sembler »

Là encore, une erreur classique propre aux débutants. Ce genre de formules : « il sent la présence de quelqu’un qui semble l’épier… Il semble fatigué… Il semble réfléchir… »

Là encore, une simple question à se poser : Comment on imagine à l’écran quelqu’un qui semble réfléchir ou penser ? Quelle est la différence, d’un point de vue visuel, entre un personnage qui réfléchit et un personnage qui semble réfléchir ? Aucune ! Sauf que dans un scénario, on écrit la première formule.

Dans un autre registre, mais tout aussi faux : « le personnage qui paraît épuisé et angoissé »

En fait, il ne faut pas avoir peur d’être trop direct : « le personnage est épuisé… Le personnage est angoissé. »

10. Utilisation de la caméra

Alors, l’utilisation directe du terme « CAMERA » , qui dans la majorité des cas apparaît en majuscule et en gras à l’écrit, divise au sein même des scénaristes. 2 écoles sont en place.

D’une part, ceux qui font clairement référence de la CAMERA au sein d’une séquence. Là, le scénariste écrit clairement son idée de plan. Dans ce cas, le scénariste sera aussi le réalisateur. Exemple :

1 – EXT JOUR / RUE

LA CAMERA passe entre des enfants qui jouent. Elle monte le long du mur et s’arrête devant une vitre.

À partir de là, on peut mettre en place toutes les idées de plan ou de mouvements de caméra. Pour ceux qui veulent inclure un plan-séquence avec une signification en rapport avec le scénario, cela se fera avec l’utilisation de la caméra.

D’autre part, il y a ceux qui ont des idées de placement de caméra, mais qui réserve cette partie pour la note de réalisation et/ou intention. Ce sont les partisans sur « libre cours à l’imagination ». En effet, il est plus facile d’imaginer une scène si on n’est pas guidé par des indications de plans ou de caméra, surtout si on adhère par à ce genre de plan.

Le partage c'est la vie ! 😉

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