Pour réussir son tournage, plusieurs choses très importantes ne doivent pas être négligées.

 

 

I/ La direction d’acteur

 

J’ai commencé ma carrière dans le cinéma en tant que comédien avant de faire mes études d’audiovisuel et de passer derrière la caméra. J’ai tourné dans des scripted reality, des courts-métrages, des web séries, quelques pubs et un téléfilm. Je sais ce que ça fait d’être bien dirigé ou mal dirigé : ça change énormément de choses pour le comédien !

N’oubliez pas que le comédien est ce qu’on va voir le plus. Quelqu’un qui joue mal, c’est ce qui saute le plus aux yeux d’un public non initié. Pour réussir son tournage, il est vraiment important que le jeu de vos comédiens soit juste, vrai et beau. Il y a des outils de mise en scène pour bonifier le jeu des comédiens, mais il faudra quand même réussir cette « matière brute » qu’est le jeu du comédien.

La direction d’acteur est une matière passionnante et complexe, mais 3 choses importantes sont à retenir :

 

1. Le casting

 

Il faudra prendre le meilleur comédien possible, celui qui incarne le mieux le personnage, qui passe le mieux dans le film que vous avez écrit ou que vous êtes en train de réaliser : cela relève du savoir-faire.

Il faudra aussi prendre en compte le savoir-être. Mieux vaut virer tous les casse-pieds, au risque de se tirer une balle dans le pied… Vous allez certainement faire un tournage auto-produit, la personne ne sera pas payée et si c’est un casse-pieds, ça ne va pas arranger les choses. Évitez-les !

Il peut y avoir des comédiens qui ont l’habitude de faire des projets rémunérés, qui sont bien traités et payés ou qui font des projets un peu plus « haut de gamme », un peu plus professionnels que vous, avec un peu plus d’expérience. Même s’ils ne sont pas casse-pieds à la base, redescendre de gamme peut les contrarier et ils risquent de traîner des pieds. Pendant le casting, essayez de les prévenir que c’est votre premier ou deuxième film. Jouez cartes sur table en leur expliquant les risques de retard, qu’ils vont peut-être attendre pour telle et telle scène… Si vous tenez un discours transparent, votre comédien va se sentir en confiance et il pourra vous dire clairement si tout cela l’embête.

Je vous invite aussi à envoyer le scénario à vos comédiens avant le casting.

 

2. Les répétitions

 

Elles vont vous faire gagner énormément de temps sur le tournage, et le temps est une denrée précieuse ! Faites des répétitions, surtout des scènes qui ont le plus fort impact émotionnel, vos scènes-clés. Sur ces répétitions, vous allez tester 2 choses :

– le jeu

– les déplacements

Dans votre scène, il y a potentiellement des déplacements. Le mouvement donne vraiment du rythme en vidéo. Celui de la caméra, mais aussi celui des comédiens. Il faudra travailler avec eux tous les déplacements (ce qu’on appelle une « allemande » au théâtre) pour leur permettre de savoir comment évoluer sur le tournage.

Par exemple s’ils ont des plans comme un travelling arrière ou un plan-séquence, vos comédiens connaîtront déjà les déplacements. Ce sera plus simple de calibrer avec l’équipe technique sur le tournage.

Dernier point important pour la direction d’acteur : faire une co-création avec votre comédien. Un comédien a besoin d’être dirigé. Certains théoriciens du théâtre disaient que le comédien doit être un « instrument » au service du réalisateur, lui-même étant le « chef d’orchestre ». Je pense que le comédien a besoin d’être dirigé, mais aussi de créer. Il faudra trouver le juste milieu, lui donner suffisamment d’indications pour qu’il puisse comprendre et interpréter votre vision du personnage, mais il faudra aussi lui laisser faire sa propre proposition à partir de vos indications, et être à l’écoute de cette proposition. Quand on débute, ce n’est pas facile de trouver cet équilibre. Il faut être suffisamment clair, précis et pédagogue pour expliquer, tout en étant à l’écoute et en sachant rediriger.

 

II/ La préparation

 

Sur un tournage, c’est une base. Moins un tournage est préparé, plus vous avez de chances que quelque chose se passe mal.

Un tournage sans imprévus, ça n’existe pas ! La question est plutôt de savoir si vous allez avoir de gros problèmes ou juste de petits ennuis par-ci, par-là. Ça va dépendre en grande partie de votre préparation !

Pour réussir son tournage, la préparation, c’est au minimum :

– un découpage technique

– des techniciens et des comédiens prévenus de leur responsabilité mais aussi de ce qui va se passer et de vos choix artistiques.

– des contraintes anticipées (logistiques, techniques, artistiques), repérages, planning cohérent pour savoir ce qu’on tourne et dans quel ordre dans la journée, mais aussi un planning plus « méta » d’intendance (à quelle heure on mange, à quelle heure on a rendez-vous, qui va chercher qui et comment, les lieux de tournage, etc.) Tout cela figurera sur la feuille de service.

– Un matériel checké

Vous pouvez aller encore plus loin et d’ailleurs sur un projet plus ambitieux, je vous encourage à le faire…

 

III/ La gestion d’équipe

 

Normalement, votre tournage va être auto-produit, ce qui signifie que vous n’avez pas de budget pour le réaliser et que les gens ne sont pas payés. Gardez à l’esprit que ces personnes vont travailler gratuitement pour vous. Attention, ne tombez pas dans le piège du réalisateur prétentieux (celui qui pense que le fait que des gens travaillent gratuitement pour lui est une opportunité qu’il leur offre, puisqu’ils ont la chance de collaborer avec lui…) Ne soyez pas prétentieux, c’est la base pour une bonne gestion d’équipe !

 

1. Une bonne préparation

 

C’est vital. Fournissez à tous vos techniciens un DT. Si vous voulez les impressionner, vous pouvez même y ajouter un dossier de production avec note d’intention, synopsis, scénario, plans au sol, storyboard, etc.

2. Organisation / Leadership

 

Sur un tournage, c’est agréable de travailler pour un « capitaine de bateau » qui sait où il va. On avance bien, on avance vite, on sait quel plan on tourne. A contrario, c’est super désagréable de voir un réalisateur totalement perdu, qui ne sait pas où il en est ni ce qu’il veut, noyé par son propre projet…

La partie « organisation » viendra avec la préparation, la partie « leadership » viendra avec l’expérience. Si vous êtes débutant, je vous conseille de faire un maximum de tournages, pas forcément en tant que réalisateur. Vous allez prendre confiance peu à peu et acquérir un certain leadership.

Il faudra aussi penser à vous accorder avec votre assistant réalisateur et votre régisseur. Il est compliqué de travailler quand ces 3 personnes ne s’entendent pas ou ne sont pas coordonnées, quand production et mise en scène ne fonctionnent pas main dans la main.

 

3. La clarté

 

C’est important que vos chefs de poste sachent et comprennent ce que vous voulez. Il faudra être le plus clair possible. N’hésitez pas à reformuler pour être sûr d’avoir été compris. Soyez précis, illustrez vos propos avec des exemples.

 

4. La bonne humeur

 

Vous êtes un peu le leader sur le tournage : c’est vous qui allez donner le ton. Si vous êtes stressé, angoissé, de mauvaise humeur, énervé, cela va impacter toute l’ambiance du tournage.

Au contraire, si vous êtes souriant, confiant, capable de plaisanter tout en restant sérieux, ça va se répercuter sur toute votre équipe.

 

5. La nourriture

 

Un bon repas chaud et une table régie bien garnie : rien de mieux pour remotiver les troupes ! À bannir : les sandwiches fades jambon-pain de mie, rien à grignoter, une bouteille d’eau, pas de boissons sucrées ou du mauvais jus d’orange…

Plus votre table régie sera accueillante, plus l’équipe aura le sentiment d’être bien traitée. Il faudra aussi penser à anticiper les régimes spéciaux et les allergies de vos gentils techniciens et comédiens qui travaillent bénévolement pour vous !