Vous faites des courts-métrages, mais ne savez-pas toujours ce qu’il serait bien d’y mettre ? Quelles lumières ? Quels plans ? La meilleure solution pour trancher est bien évidemment d’étudier d’autres courts-métrages. En réfléchissant à la manière dont le réalisateur a pensé puis mis en pratique ses idées. Pour cela, nous allons aujourd’hui étudier ensemble un court-métrage.

Prenons d’abord quelques précautions. Premièrement, nous n’allons pas étudier ce court-métrage comme vous l’avez peut-être fait en cours de cinéma à l’Université. Nous allons en effet mêler technique et analyse, car les deux sont intimement liés dans un contexte comme celui du court-métrage. Une vue d’ensemble est toujours très intéressante.

Deuxièmement, il faut savoir que la principale différence entre le court-métrage et le long-métrage particulièrement quand le court dispose d’un faible budget, c’est l’imprévu. Un plan peut rendre magnifiquement bien dans un court-métrage et pour autant avoir été improvisé à la dernière minute, ce qui fait que le réalisateur peut avoir fait un plan magistral par « accident ». A l’inverse, un plan qui n’a pas pu être fait est remplacé par un autre plus classique et donc peut être moins rattaché à la vision du réalisateur. Il est donc difficile de d’interpréter justement ce que le réalisateur a voulu faire seul celui-ci est capable de le dire. C’est pourquoi tout ce qui est dit vis-à-vis de ce court dans cette analyse est parfaitement réfutable. Dans notre cas, ça ne posera pas vraiment de problèmes puisse que nous souhaiter que vous l’appliquiez à vos courts-métrages.

Le court que nous allons étudier se nomme L’Accordeur de pianos d’Olivier Treiner. Il a remporté un bon nombre de prix en festival entre 2011 et 2012. Sans plus attendre et sans vous le pitcher, je vous invite à regarder ce film.

l’Accordeur (The Piano Tuner) – Olivier Treiner from Raphaël Treiner / SHERIFF on Vimeo.

Analyse de l’accordeur de pianos

Dans une analyse bien construite, nous ne serions permis de résumer le propos du film, de le placer dans un contexte socio-historique si cela avait de l’intérêt et probablement de mettre cette œuvre en regard avec la filmographie du réalisateur. Aujourd’hui, on va jeter tout ça par-dessus notre épaule et s’attaquer directement à ce qui nous intéresse. Comment et pourquoi fonctionne la mise en scène ? Comment elle a été mise en place.

L’esthétique Générale

Parlons de l’esthétique générale du film. On remarquera que le réalisateur insiste particulièrement sur les couleurs pour donner un contraste important. C’est particulièrement visible sur ce plan.

1redimensionner

Le corps nu du personnage principal se détache du tailleur noir de la femme assassin qui se détache lui-même du mur blanc. On notera que cette utilisation du blanc et du noir se retrouve dans la plupart des costumes et des décors des personnages principaux dans le film.

patronLe patron

perso-principaleLe personnage principal

danseuseLa danseuse

Les décors et les costumes sont des éléments que l’on peut assurément ramener au choix du réalisateur. Il a du faire des repérages et indiquer à ses acteurs et à ses habilleurs ce qu’il souhaitait que les personnages portent. Dans le cas de l’Accordeur et de son patron ou encore du serveur, ce choix peut être interprété comme une volonté de réalisme. Mais qu’en est-il de la danseuse et de la femme assassin ? Le noir met en avant la sensualité de la danseuse, ce qui au vu de la scène où elle apparaît est là encore totalement justifié. Cependant, la femme assassin aurait pu être habillée d’une toute autre façon. Le noir est bien évidemment aussi associé à la mort ou à l’antagoniste.

On pourrait aussi interpréter ce choix esthétique comme une association entre les différents lieux, personnages et vêtements rappelant l’organisation des touches d’un piano alternant le noir et le blanc. Bien évidemment, il n’est pas question de remplacer de façon pragmatique chaque personnage par une touche, mais de faire s’accorder les couleurs avec celles du piano, qui est définitivement l’élément central du court-métrage.

teinte-jaune

jaune

Cela dit, on distingue deux teintes principales dans le court-métrage, une teinte jaune et une teinte bleue. La teinte jaune est la plus utilisée, notamment dans l’appartement de la femme assassin et dans la salle de concert du début du film. Le filtre jaune apporte de nombreux attributs à l’image. Tout d’abord, une forme de rusticité et de traditionalisme, comme un vieux livre, ou justement un piano, instrument « sacré ». Il rappelle aussi tout simplement le bois dont est généralement composé ce même piano.

depression-bleue

A l’inverse, au moment de la dépression de l’Accordeur, le réalisateur préfère opter pour un filtre bleu léger, qui contraste très fortement avec l’image précédente sous-entendant que les choses ne se sont pas passées comme attendues sans même que le spectateur ait besoin d’entendre la voix off. Cette lumière se rapproche du gris et est donc une couleur qui aspire rapidement à une idée négative comme la vacuité ou justement la dépression.

depression-bleue2

Vous pouvez facilement utiliser les mêmes types de lumières pour vos propres courts-métrages. En effet, ces teintes (bleu et jaune) font partie des plus utilisées aussi bien au cinéma que pour des courts-métrages. Elles sont assez simples à reproduire. Mais surtout, notez bien que chaque utilisation de la lumière et des couleurs est très importante. Ce qui fait que l’univers est cohérent dans ce court-métrage, passe aussi par les couleurs semblables à celle d’un piano comme dit plus haut. A vous d’appliquer une idée similaire à votre court.

La direction de la lumière

Faisons un petit aparté sur la direction de la lumière. Celle-ci ne doit en effet pas venir de n’importe où. Elle doit être justifiée et utile. Justifiée signifie qu’elle doit venir d’une source de lumière plausible, une fenêtre par exemple dans le cas de la capture d’écran faite plus haut. Utile, car elle doit avoir un intérêt.

sueur-goodSur cette capture, la lumière vient de la gauche du cadre. Cette lumière vient se refléter sur la sueur du front de l’Accordeur, mettant en avant le stress de celui-ci, sans pour autant donner une impression de sueur « crade » que donnerait un éclairage pleine face. De plus, le contraste entre le côté gauche et droit de son visage exprime un déséquilibre qui accentue cette sensation pour le spectateur que l’Accordeur est stressé.

 

lumiere-plafondSur cette autre image, la lumière vient clairement du plafond, voire même de la gauche au vu de l’ombre sur le manteau de l’accordeur. Cette lumière est justifiée (les lumières viennent rarement du plancher) et utile, car elle donne un aspect inquiétant à la séquence grâce aux ombres qu’elle porte sur l’Accordeur. Grâce à cette lumière, on comprend tout de suite que les choses sont sur le point de se compliquer.

Pour résumer :

Faisons donc un petit récapitulatif de ce que nous avons appris :

  • Les couleurs sont importantes et doivent être cohérentes avec l’univers (un film ne peut pas avoir toutes les couleurs du monde)
  • La lumière doit être justifiée et utile
  • Ce n’est pas compliqué du tout à mettre en place, il faut juste y penser avant de tourner.

Dans le prochain article, nous resterons sur l’analyse de ce court-métrage pour s’attaquer à la mise en scène et au découpage.

Arnaud

 

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