Troisième critique de Squizzz et troisième film de Danny Boyle pas le plus connu de toute son oeuvre indubitablement un très bon film je vous laisse découvrir la critique

Après le choc « Trainspotting », Danny Boyle traverse l’Atlantique pour s’offrir le luxe d’un film-récréation. Clairement, avec « Une vie moins ordinaire » le réalisateur britannique veut avant tout s’amuser et amuser le spectateur. Ainsi sa comédie romantique, bien que respectant les codes du genre, va aussi totalement les pulvériser en mêlant à la romance un humour très burlesque et des bribes de fantastique et de thriller. S’il fait partie des films plutôt méconnus de la filmo de Danny Boyle, il n’en ait pas moins à découvrir, pour son humour, sa fraîcheur et son originalité.

 

Une comédie romantique ordinaire ?

Dès l’introduction, le ton est donné, Boyle et son scénariste John Hodge nous ont concocté une pure comédie romantique qui va suivre le cheminement classiquement utopique des histoires d’amour de cinéma. Deux anges ont donc pour mission de faire naître une histoire d’amour idyllique entre deux êtres humains alors même que l’amour part en latte sur Terre. Et ces deux êtres humains s’opposent bien évidemment en tout point. Elle est une Eve d’un genre nouveau qui flingue littéralement la pomme, et cherche clairement à dompter son Adam. Lui est le looser par excellence, aussi ordinaire que le roman de gare qu’il projette d’écrire. Mais le burlesque s’invite rapidement dans l’histoire, à l’image de cette vision du Paradis, tel une entreprise dont le directeur, l’ange Gabriel, est soumis aux pressions venant des hautes instances.

La rencontre va forcément se faire au cours d’un événement qui au départ ne s’y prête pas beaucoup et qui va obliger nos deux futurs tourtereaux à cohabiter alors qu’ils se détestent. Pour faire simple, notre Robert va être obligé de kidnapper notre Céline (ou l’inverse, on ne sait plus trop). Débute alors le côté thriller du film, au cours d’une séquence à la dynamique parfaite, rythmée par la musique d’Underworld, et où une nouvelle fois le burlesque trouve tout à fait sa place.

Petit à petit l’alchimie va naître, et c’est alors que tout devrait s’arrêter (Robert libère Céline) que tout commence réellement et que les deux héros vont enfin tomber amoureux l’un de l’autre. Boyle joue alors la carte de la fantaisie et du fantasme lors d’une séquence de danse digne d’une comédie musicale version années 50, donnant ainsi une certaine intemporalité à leur histoire, celle des histoires d’amour de cinéma. La scène possède aussi un côté onirique, comme une représentation de ce qui se passe à l’intérieur des héros. Le début des sentiments entre les deux amoureux est également retranscrite peu de temps après, par un travelling avant vers les deux héros en suivant une corde, comme si elle était la mèche d’un bâton de dynamite qui se consumerait jusqu’à l’explosion de leur amour.

Mais la prise de conscience de leurs sentiments ne va se faire qu’un peu plus tard, après un coup de pouce des deux anges, lors d’une séquence d’action où ils croient frôler la mort. La mise en scène possède des accents de film d’horreur, en prenant place à l’intérieur d’une forêt où les corbeaux sont légion, mais la lumière très solaire et surtout la musique de R.E.M. vont donner un côté rassurant à la scène, et l’action devient en quelque sorte la métaphore de l’électrochoc qui se produit à l’intérieur des héros. Et logiquement la scène du baiser survient juste après, même si le côté burlesque va rapidement reprendre le dessus, en lieu et place de la grande séquence dramatique que Robert envisageait avec la vision du décès de Céline.

Comme dans toute bonne comédie qui se respecte, la jalousie va s’immiscer au milieu du couple et entraîner une inévitable rupture… et un retour de l’héroïne chez maman. La réconciliation sera bien évidemment semée d’embûches (ah !! le fameux poème !), avant que le prince charmant ne vienne enfin délivrer la princesse prisonnière… des deux anges. Avoir l’approbation du père sera un peu plus complexe mais Cupidon finira quand même par tirer sa flèche balle en plein cœur des héros. Et ils vécurent heureux, et eurent surement beaucoup d’enfants.

 

« Deus ex machina »

Ce qui rend finalement peu ordinaire cette comédie romantique (oui finalement j’ai tranché, elle n’est pas ordinaire), c’est que là où d’habitude toute cette belle histoire n’est due qu’au fruit du hasard, ici toutes les ficelles sont clairement montrées au spectateur, via les interventions des deux anges.

Les anges représentent en quelque sorte la bonne conscience des héros qui doit les remettre dans le droit chemin. Le parallélisme entre les personnages est assez clair lors d’une séquence où l’on voit les rôles inversés entre Céline et Robert, la victime dirigeant le kidnappeur, l’homme s’assimilant à la femme (il lit des romans d’amour, fait la cuisine) et inversement (elle coupe du bois), tandis que dans la séquence qui suit, les anges féminin et masculin sont clairement à leurs places (elle lit le roman d’amour, il s’adonne au bricolage). La mission des anges va alors être de remettre les choses dans l’ordre et de transformer le conflit qui oppose les deux humains en histoire d’amour.

Les anges tirent ainsi toutes les ficelles et domine l’ensemble des événements. Deux séquences le montrent parfaitement. La première se situe au début du film, lorsque les deux anges sont engagés par le père de Céline pour la délivrer. Ils surplombent celui-ci par une légère contre-plongée et par un affaissement outrancier du père dans son fauteuil. La deuxième séquence se situe vers la fin, et montre parfaitement que les deux héros n’ont pas non plus d’autre choix que de se plier aux manipulations des anges. En effet lors de la scène du blackjack, Céline alors à 20 veut logiquement s’arrêter, mais l’ange fait la sourde oreille et finit par sortir l’as qui signe la victoire de Céline.

Ainsi, il est clair que tout le long du film les ficelles sont complètement biaisées. Car si les anges ont des mœurs un peu étranges qui consistent à user et abuser de la violence pour arriver à leurs fins, ils ne mettront jamais en péril la vie des deux héros. Chaque séquence qui pourrait initialement contenir un pseudo-suspense s’oriente alors obligatoirement vers la farce. Celle de la livraison de la première rançon en est un très bon exemple. Bien que filmée comme un duel de western (dont les deux opposants seraient les deux voitures) avec une musique adéquate et un élément perturbateur en forme de « bombe » à la place de l’« Eldorado » initialement promis, la séquence bascule très rapidement dans le burlesque pur et simple (le chrono s’arrête comme par magie, et des carottes remplacent les bâtons de dynamite), jusqu’à se terminer par une ultime « pirouette ». Cependant, lorsqu’à la fin les anges sont hors course, un réel suspense va alors rythmer la séquence finale. Un suspense très bien géré (même si on se doute de l’issu) et à deux niveaux (niveau réel et intervention divine).

 

« Bag of Money Trilogy »

Le dernier volet de la trilogie débutée avec « Petits meurtres entre amis » puis « Trainspotting » va prendre un vent quelque peu contraire aux deux précédents opus, en allant dans le sens beaucoup plus récréatif et plein d’espoir du film. Car si au début l’argent est la motivation des deux héros, ceux-ci ne sont pas aussi jusqu’au-boutistes que les précédents héros de Boyle et Hodge (enfin surtout Robert). Et rapidement l’argent va passer au second plan pour même devenir anecdotique en comparaison de l’amour. Seul le père le placera tout le long au-dessus de tout, y compris de sa fille. Cependant, celui qui ira jusqu’au bout du film et ne zappera pas la superbe séquence animée du générique, verra que les deux amoureux ne comptent pas vivre simplement d’eau fraîche et retournent chercher le fameux « bag of money »…

Squizzz

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