Le travelling est l’une des figures les plus importantes du cinéma et de l’audiovisuel. Elle est aussi l’une des plus basiques. On pense souvent que rajouter un travelling dans une création, particulièrement lorsque l’on est amateur à vocation professionnelle, va donner plus de cachet à son film. C’est loin d’être faux, mais il y a quand même quelques précautions à prendre.

Mais de quoi parle-t-on exactement lorsque l’on dit travelling ? En réalité de beaucoup de choses. D’après le cinéclub de Caen, référence en matière de cinéma, le premier travelling fut réalisé par Alexandre Promio lorsque celui-ci place sa caméra dans une gondole en 1898. Cela donnera Panorama du Grand Canal vu d’un bateau. Les titres étaient peu inspirés à l’époque. La gondole effectuait donc un mouvement parallèle au défilement du paysage ce qui valut à ce mouvement le terme de travelling parallèle.

Il y a, en effet plusieurs types de travelling. Le zoom est lui-même souvent nommé travelling optique. On trouve aussi des travellings circulaires comme dans Sueurs froides de Hitchcock, des travellings à la grue ou au steadicam. On constate que la définition d’un travelling est extrêmement générale. Il s’oppose tout simplement à la prise de vue fixe et au panoramique. Dans le cas d’un travelling, l’axe de la caméra bouge alors que dans le cas d’un panoramique, nous avons affaire à une simple rotation de la caméra sur son axe. Un travelling est donc inévitable dans une quelconque production puisque même une simple caméra portée est considérée comme un travelling.

Certains diront peut-être, qu’est-ce qui nous empêche d’imaginer un film constitué uniquement de plan fixe ou de prises panoramiques.Instinctivement, on pourrait penser que le film perdrait en dynamisme, en rythme. Effectivement, la narration paraitrait plate et l’évolution des personnages semblerait surement minimale. Bien évidemment, d’autres facteurs comme le montage ou la lumière peuvent aussi influer le rythme. Cela étant, il faut bien comprendre que la caméra, en plus d’être l’œil du réalisateur, est aussi et surtout l’œil du spectateur. Et un spectateur n’a pas l’habitude de se téléporter entre les différents plans fixes d’un montage en cut dans la vraie vie, ce qui rend la narration peu naturelle. C’est pourquoi le travelling permet souvent un meilleur investissement du spectateur dans le film. Il s’y sent plus investi. L’utilité du travelling se voit évidemment au tournage, mais aussi et surtout au montage.

Justifier son travelling

Pour autant, un travelling ne se fait pas n’importe comment. Faire un travelling doit avoir un but, celui de créer une émotion particulière. Comme tous les plans, vous allez me dire. Cela dit, j’insiste un peu.
En effet, trop de travellings sont faits à l’improviste sans réel objectif. Même si ne pas en faire est une erreur, il est nécessaire de les travailler pour ne pas tomber dans le même piège que le plan-séquence. De jeunes réalisateurs voient souvent dans le plan-séquence l’opportunité de ne pas avoir à s’occuper du découpage technique ni d’esquisser un story-board. Le plan-séquence amène aussi un cachet non négligeable, car, héritage de grands réalisateurs comme De Palma. Pour autant, un plan-séquence s’il n’est pas utile, justifié et travaillé, devient immédiatement accessoire et souvent très mal maitrisé, affichant plus facilement le manque de moyens ou de compétences que la crédibilité d’un effet de style. C’est exactement la même chose pour le travelling dans une moindre mesure. L’utilisation d’un travelling doit répondre à la question du « Pourquoi ? » à chaque utilisation.

Exemple de travellings

Voici quelques pistes pour l’utilisation de vos travellings :

  • Un travelling horizontal gauche droite est, par exemple, idéal pour suggérer l’évolution positive du héros ou de la narration.
  • A l’inverse, un travelling parallèle droite gauche est idéal pour donner l’impression d’un recul, de l’arrivée d’un antagoniste, quelque chose qui va contre l’évolution du personnage.
  • Un travelling avant suggèrera l’identification ou soulignera fortement un propos. Pensez à bien étudier les différentes vitesses des travellings avant.Si le travelling est trop rapide, le spectateur sortira du film quasi immédiatement.Préférez un travelling avant lent.
  • Un travelling arrière, lui, en fonction de sa vitesse pourra créer un suspense quant à la découverte de l’environnement.Il peut permettre aussi de nuancer l’importance du personnage vis-à-vis de ce même environnement.Utilité qu’il peut partager avec le travelling vertical.

Bien évidemment, ce ne sont que des indications basiques, non-exhaustives et qui effleurent à peine le sujet. Je vous invite à vous renseigner au maximum sur les possibilités des travellings en regardant et analysant des films par exemple. Il s’agit d’un outil de narration à maitriser de la même façon que les règles de dramaturgie ou de mise en scène.

J’espère que je vous aurais sensibilisé à l’idée que le mouvement du travelling se doit d’être préparé et utile à la narration.

Arnaud

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